Collectivités territoriales : l’investissement public local est-il en risque ?

29 mars 2018

La France est l’un des pays européens où les collectivités locales investissent le plus, notamment au regard de leurs niveaux de dépenses et d’endettement qui, rapportés au PIB, sont inférieurs à la moyenne européenne. De plus, la part de l’investissement public local dans l’investissement public total reste prépondérante mais a connu ces dernières années un recul sans précédent depuis la décentralisation. Une rupture récente qui dépasse l’effet du cycle électoral et qui est révélatrice de tensions durables. En effet, contrairement à la baisse des années 90, ce désinvestissement n’a pas permis aux collectivités locales de se désendetter.


Pour la première fois et de façon inédite, la Caisse d’Epargne, en partenariat avec BPCE L’Observatoire, propose un état des lieux complet de l’investissement public local français, mettant en évidence les dynamiques nationale et territoriales, et les enjeux à moyen terme.

 

Des stratégies divergentes selon les territoires. Cette baisse de l’investissement, presque généralisée, n’a pas été uniforme. Aussi, quatre types de stratégie en matière d’investissement ont été identifiés pour l’ensemble des collectivités locales agrégées au niveau régional :

  • Le volontarisme : trois régions ayant moins réduit leur investissement et davantage dégradé leur solvabilité, notamment pour tenir compte d’une démographie plus dynamique ;
  • L’audace : la Bretagne est la seule région à avoir fait croître son investissement mais elle bénéficie à la fois d’une croissance et d’une démographie porteuses, et d’une solvabilité initiale offrant des marges de manœuvre ;
  • La prudence : quatre régions où la croissance du PIB négative et la solvabilité plutôt dégradée ont conduit à un fort ajustement sur l’investissement ;
  • Le sérieux : quatre régions bénéficiant d’une richesse et d’un niveau d’investissement initial plus élevés ont privilégié la solvabilité en réduisant l’équipement mais sans compromettre l’avenir.

 

Au niveau départemental, les choix d’investissement ont pu être répartis en huit stratégies, Paris (recul très limité de l’investissement au prix d’une dégradation de la solvabilité) et l’Ille et Vilaine (forte hausse de l’investissement mais solvabilité préservée) remplissant chacun à lui-seul une catégorie. Les autres se répartissent de la manière suivante :

  • 24 départements ont fortement désinvesti mais sans parvenir à stabiliser leur solvabilité
  • 25 départements ont limité la baisse de l’investissement car le niveau d’équipement était déjà très bas
  • 21 départements ruraux ont adopté une stratégie d’adaptation, limitant la baisse de l’équipement et préservant leur solvabilité
  • 3 départements de montagne ont nettement réduit leur effort d’équipement mais sans stabiliser leur endettement
  • 15 départements dynamiques bénéficiant souvent d’une métropole régionale ont ajusté leur investissement mais leur solvabilité reste bonne
  • 5 départements souvent de montagne mais dynamiques ont aussi ajusté leur équipement mais sans compromette l’avenir

 

Un double risque : un renforcement des arbitrages investissement / endettement et une accentuation des disparités territoriales. Le premier risque est global : une trop forte pression sur les finances locales qui serait insuffisamment ciblée sur les dépenses de fonctionnement risquerait de fragiliser encore davantage l’investissement local à l’avenir.  « Compte tenu de la dégradation de la solvabilité et des contraintes contractuelles, il est à craindre que l’investissement ne retrouve pas son niveau d’avant-crise, confirmant la rupture récente », explique Alain Tourdjman, directeur des études économiques du Groupe BPCE. Le deuxième risque est territorial. Si elles ont été variées et adaptatives, dans une logique de limitation de l’endettement, les stratégies des collectivités locales ont abouti à des disparités beaucoup plus fortes de niveau d’équipement par habitant entre les territoires en croissance et les espaces en ralentissement et à une plus forte dégradation de la solvabilité dans les territoires en difficulté que dans les territoires à potentiel. Pourtant les besoins d’équipement en zones rurales et, plus encore, montagneuses sont très supérieurs à la moyenne. « Le retour de la croissance offre des marges de manœuvre mais bénéficiera essentiellement, via la hausse des recettes et la baisse des dépenses, aux grandes métropoles et aux territoires dont la situation actuelle est moins dégradée en termes de solvabilité et de maintien d’un niveau d’équipement convenable », conclut-il.

Les 16 Caisses d'Epargne sont des banques coopératives au service de leur région. Avec 20,2 millions de clients (dont 4,8 millions de sociétaires), elles accompagnent toutes les clientèles : particuliers, professionnels, entreprises, acteurs de l’économie sociale, institutions et collectivités locales. Elles privilégient le meilleur niveau de service dans tous les domaines : collecte et gestion de l’épargne, versement des crédits, équipements en moyens de paiement, gestion de patrimoine, projets immobiliers, assurances. Les Caisses d’Epargne font partie du Groupe BPCE, 2e groupe bancaire en France.

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